Action contre la COVID-19

La situation

Nous traversons une période sans précédent dans notre histoire. La crise sanitaire de la COVID-19 a de profondes et indéniables répercussions sur la population canadienne et mondiale. Alors que les effets de la COVID-19 se feront sentir pendant des mois et des années, les besoins des personnes atteintes de cancer et de leurs proches aidants vont aussi évoluer en fonction des conséquences à plus long terme de la pandémie.

Dommages collatéraux de la pandémie de COVID-19

En raison du report de tests de dépistage, d’opérations et d’interventions essentielles au traitement du cancer, la Société canadienne du cancer (SCC) s’inquiète du fait que le nombre de cas de cancer diagnostiqués ou traités trop tard augmentera.

Cette préoccupation s’explique par les tendances alarmantes observées partout au pays en ce qui a trait au report des soins contre le cancer. Selon les données de l’Institut canadien d’information sur la santé, de mars à juin 2020, le nombre d’interventions chirurgicales liées au cancer a baissé de 20 % par rapport à la même période en 2019. Une enquête menée par la SCC en juillet 2020 auprès des personnes atteintes de cancer et de leurs proches aidants révèle que près de la moitié (47 %) des patients ont signalé que leurs rendez-vous médicaux liés au cancer avaient été annulés ou reportés. Nous savons que lorsque le cancer est détecté et pris en charge à ses débuts, les chances de réussite du traitement sont meilleures. Il ressort d’une étude menée par des chercheurs canadiens et britanniques et publiée dans le British Medical Journal qu’un retard de seulement quatre semaines dans le traitement du cancer augmente le risque de décès d’environ 10 %.

Un problème plus grave dans les provinces les plus durement touchées par la pandémie

Comme chaque province et territoire a vécu la pandémie différemment et est intervenu de façon différente, il faut donc une approche adaptée pour répondre aux préoccupations des personnes atteintes de cancer dans toutes les régions. Nous savons que les programmes de dépistage organisé du cancer du sein, du cerveau et du côlon ont été suspendus partout au Canada à la mi-mars 2020. Les programmes de dépistage ont repris partiellement en juin 2020, et au maximum de leur capacité à différentes dates. Leur interruption a entraîné des retards dans les tests de dépistage, notamment les mammographies pour la détection précoce du cancer du sein, les prélèvements de selles pour la détection précoce du cancer colorectal et les tests  Pap pour la détection précoce du cancer du col de l’utérus. Chaque test positif nécessite un suivi et d’autres examens pour déterminer si une personne a le cancer. Aux quatre coins du pays, la pandémie a également eu un impact sur traitements contre le cancer. Dans la plupart des provinces, moins de salles d’opération étaient disponibles et les interventions non urgentes ont été reportées. Des chirurgies oncologiques ont été reportées à la discrétion des médecins traitants. Les retards dans le dépistage et des interventions chirurgicales entraînent des coûts et ont une incidence sur la capacité de notre système de soins de santé.

Les communautés mal desservies touchées de façon disproportionnée

Les taux de participation au dépistage sont plus faibles dans les communautés mal desservies, notamment chez les Premières nations, les Inuits, les Métis, les immigrants, les minorités visibles, les personnes vivant avec de faibles revenus et les populations rurales éloignées. Les inégalités dans le recours au dépistage peuvent potentiellement être exacerbées pendant la pandémie. Le plan de reprise et le rattrapage en matière de dépistage doivent inclure des activités visant à garantir un accès et une participation équitables aux services de dépistage.

Ce que nous disent les personnes atteintes de cancer

Des personnes atteintes de cancer continuent de communiquer avec nous pour nous faire part de leur frustration liée au manque d’accès à leurs équipes de soins de santé. Par l’entremise de nos programmes de soutien, des personnes atteintes de la maladie nous disent qu’elles croient être des victimes collatérales de la pandémie de COVID-19. Lorsque nous avons sondé les Canadiens au début de 2021, seulement 36 % et 38 % respectivement sont d’avis que le gouvernement fédéral et leur gouvernement provincial ont adéquatement soutenu les patients atteints du cancer pendant la pandémie.

Ce que nous faisons pour défendre les intérêts des personnes atteintes de cancer

Le cancer continue d’être une question de vie ou de mort durant la pandémie de COVID19. La maladie n’attend pas que les restrictions s’assouplissent ou que le système de santé rattrape son retard et même en plein cœur d’une pandémie mondiale, le cancer continue à bouleverser et à menacer des vies.

Étant la voix des femmes et des hommes qui ont le cancer à cœur, nous avons porté cet enjeu à l’attention de tous les gouvernements et exhorté ces derniers à prendre des mesures urgentes et immédiates pour rattraper les retards dans le dépistage et le traitement du cancer. Nous veillons à ce que chaque élu à qui nous parlons comprenne qu’il s’agit d’une priorité à laquelle il faut s’attaquer sur-le-champ, car le cancer, lui, n’attendra pas.

Vous pouvez aider en faisant entendre votre voix. Joignez-vous à Les voix du changement de la SCC, notre groupe bénévole regroupant des personnes qui souhaitent participer à notre travail de défense de l’intérêt public et agir pour faire modifier des politiques qui amélioreront la vie des personnes atteintes de cancer. 

Pour en savoir plus sur notre intervention auprès du gouvernement fédéral, nous vous invitons à lire notre présentation au Comité permanent de la santé ici.

Pour lire notre déclaration sur la priorité de vaccination des personnes atteintes de cancer, cliquez ici

Recommandations à l’intention des gouvernements visant à assurer que les intérêts des personnes atteintes de cancer soient pris en compte dans les décisions liées à la COVID-19 

L’impact immédiat de la COVID-19 sur les personnes atteintes de cancer est facile à comprendre, mais ses effets à long terme seront tout aussi dévastateurs. Pour les atténuer, il faut agir sans attendre. La Société canadienne du cancer exhorte les gouvernements et les organismes du secteur de la santé à appliquer les principes directeurs suivants dans leur processus décisionnel en matière de santé :

La sécurité des personnes atteintes de cancer, des proches aidants, des fournisseurs de soins de santé et du personnel de la santé doit être une priorité.

Les gouvernements et les organismes du secteur de la santé doivent tenir compte des points de vue du public, des personnes atteintes de cancer et de leurs proches aidants dans leur action contre la COVID-19.

Les Canadiens doivent avoir un accès équitable à des tests de dépistage et à des services de diagnostic et de traitement du cancer, peu importe la région où ils vivent.

La pandémie n’a fait qu’exacerber les inégalités en matière de soins contre le cancer. Les plans permettant la reprise des activités de dépistage, de diagnostic et de traitement du cancer doivent répondre aux besoins uniques des communautés vulnérables et mal desservies, qui sont touchées par le cancer de manière disproportionnée. Ces plans devraient également assurer un accès et une participation équitables aux services.

Dans le contexte de la COVID-19, le suivi des données et la recherche doivent être orientés sur les répercussions que les directives de santé publique et l’adaptation des systèmes de santé à la pandémie auront sur les personnes touchées par le cancer avec le temps.

Les directives de santé publique et les stratégies d’adaptation à la COVID-19 ont exacerbé des comportements qui augmentent le risque de cancer. Les gouvernements doivent faire en sorte que les politiques et les programmes de prévention des maladies chroniques ne soient pas différés en raison des mesures immédiates qui ont été prises face à la pandémie.

Les gouvernements, les associations professionnelles et les organismes du secteur de la santé doivent sensibiliser les Canadiens au fait que les établissements de santé sont sûrs et qu’ils ne doivent pas retarder leur participation aux activités régulières de dépistage ainsi que leurs rendez-vous médicaux pour discuter des changements de leur état de santé.

Les programmes organisés de dépistage du cancer du sein, du cancer du col de l’utérus et du cancer colorectal doivent reprendre à plein rendement. Tous les efforts doivent être déployés pour éviter qu’ils soient interrompus de nouveau.

Il faut absolument offrir un accès rapide aux examens diagnostiques appropriés aux personnes dont on croit qu’elles pourraient avoir le cancer.

Des solutions innovatrices doivent être mises en place pour rattraper les retards des systèmes de santé et réduire les délais d’attente, en particulier pour les interventions chirurgicales et les tests de dépistage reportés.

Tous les Canadiens doivent avoir un accès équitable et abordable aux médicaments anticancéreux dont ils ont besoin, peu importe où ils vivent et dans quel cadre ces médicaments sont administrés. Pour ce faire, les médicaments anticancéreux pris à domicile doivent être couverts partout au pays et les pénuries de médicaments doivent être enrayées.

Les modèles de soins doivent comporter du soutien psychosocial pour les personnes atteintes de cancer, les survivants et leurs proches aidants.

Toutes les personnes atteintes de cancer doivent avoir accès à des soins palliatifs et de fin de vie de haute qualité centrés sur l’individu, peu importe leur âge ou leur lieu de résidence.

Les proches aidants jouent un rôle indispensable dans l’équipe de soins. Il importe d’établir des politiques favorisant la participation des personnes atteintes de cancer et de leurs proches aidants au processus de soins.

Les systèmes de santé doivent offrir et garantir un accès équitable aux services de transport et d’hébergement qui permettent aux personnes atteintes de cancer de se rendre à leurs rendez-vous liés à la maladie.

Les systèmes de santé doivent continuer à évaluer leur prestation de soins virtuels et en comprendre les avantages, les risques et la mise en œuvre optimale dans le but d’assurer les meilleurs résultats possible aux personnes atteintes de cancer.

Il faut prendre en considération le moment où les vaccins seront administrés aux personnes atteintes de cancer. Les fournisseurs de soins de santé devraient avoir la possibilité d’administrer les vaccins contre la COVID-19 en dehors du calendrier de vaccination et être en mesure de déterminer si leurs patients ont avantage à recevoir une dose additionnelle et à quel moment, en tenant compte de leurs conditions particulières, notamment le type de cancer dont ils sont atteints et le traitement qu’ils reçoivent.

La vaccination des travailleurs de la santé devrait être rendue obligatoire dans tous les établissements publics et privés.

Des stratégies devraient être déployées pour réduire les obstacles à l’accès aux vaccins, entre autres ceux auxquels font face les communautés mal desservies et racialisées.

Les personnes atteintes de cancer devraient être considérées comme prioritaires afin de recevoir la deuxième de vaccin contre la COVID-19 avant la population en général.